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Historique .. |
Le jour des Rois, le 6 janvier, est une fête
qui avait autrefois beaucoup d'importance dans les communautés acadiennes de
l'Île-du-Prince-Édouard. On se rencontrait à une soirée où l'on partageait ce
qui était connu comme le «gâteau des Rois», une pâtisserie contenant quelques
objets. Ceux qui découvraient les objets étaient couronnés roi et reine de la
soirée et l'assistance devenait les fidèles sujets de leur royaume.
Aussi connu sous le nom de l'Épiphanie, le jour des Rois soulignait la fin du temps des
fêtes de Noël, le dernier jour pour rendre visite à ses parents et voisins. Plus
récemment, c'est en ce jour que l'on enlève et range les décorations de Noël jusqu'au
prochain décembre et qu'on jette l'arbre de Noël.
Les traditions de la fête des Rois remontent à très loin. En fait, lorsque les
Romains fêtaient le dieu Saturne, avant l'ère chrétienne, on choisissait un roi parmi
toutes les personnes présentes, y compris les esclaves, au moyen d'un gâteau. Le
roi présidait le festin. Par une telle fête, on souhaitait faire oublier
les classes sociales. |

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Les Acadiens, ainsi que leurs ancêtres français, ont conservé cette
tradition jusqu'à tout récemment. Dans la région Évangéline, à
l'Île-du-Prince-Édouard, c'était une fête communautaire jusque dans les années
1980. Dans d'autres communautés telles que Bloomfield et Rustico, la coutume a
disparu vers le début du vingtième siècle. À Tignish, on la fête encore
aujourd'hui, mais à une autre date et d'une autre façon. Malgré que cette fête
communautaire est pratiquement disparue, on peut encore retrouver des Acadiens à
l'Île-du-Prince-Édouard qui coupent le gâteau des Rois le 6 janvier, à l'occasion de
petites fêtes de famille. |
.La préparation. |
Pour une si grosse fête
communautaire, il fallait se préparer quelques semaines à l'avance. Il fallait
trouver une maison capable d'accueillir tous les invités. Parmi les participants,
on pouvait aussi bien retrouver les jeunes que leurs grands-parents. Comme il n'y
avait pas beaucoup d'occasions pour sortir, c'était un excellent moyen pour les jeunes de
se rencontrer et de se faire la cour. D'ailleurs, on préférait fêter dans une
maison où il y avait des jeunes, filles de préférence, car elles pouvaient aider à
préparer le repas et les accessoires pour la fête.
Il était aussi souhaitable de tenir l'événement dans une maison où se trouvait déjà
un harmonium, car la musique était une partie intégrale de la fête des Rois. On
s'assurait d'inviter les violoneux des alentours pour accompagner ceux qui allaient
giguer.. |
La soirée et le choix de la reine et du roi. |
La soirée débutait entre 19h et 20h. Une
fois la plupart des gens arrivés, on servait le gâteau des Rois. Celui-ci avait
été divisé en deux: une partie pour les hommes, une partie pour les femmes. Dans
le gâteau, on avait placé des objets afin de désigner le roi et la reine de la
soirée. Habituellement, on plaçait soit des fèves, soit des pièces d'argent ou
encore un dé à coudre et un bouton. En certains endroits comme la région de
Prince-Ouest, on plaçait ces objets dans une galette (biscuit) au lieu d'un gâteau.
Ce n'était pas toujours le hasard qui décidait qui allait devenir la monarchie. Le
roi et la reine étaient parfois choisis à l'avance et l'on devait trouver une façon un
peu rusée de les désigner.
On tournait l'assiette du gâteau afin que des individus en particulier choisissent le bon
morceau. D'autres donnaient les objets aux personnes désignées à l'avance et les
objets apparaissaient comme par magie dans leur assiette.
Des valets ou pages étaient aussi choisis, souvent par le hasard des objets, parfois par
la royauté même. Des boutons étaient utilisés pour les désigner lorsqu'ils
étaient choisis avec le gâteau. Le rôle des valets était de servir les
souverains et s'assurer qu'on exécute leurs ordres. On essayait aussi de deviner le
futur de l'assistance en plaçant d'autres objets dans le gâteau. Une médaille
signifiait une carrière comme prêtre ou religieuse, une épingle à couche prédisait
une grosse famille, et un sou noir représentait la richesse. |
.La royauté prend sa place. |
| Suite à la désignation de la royauté, on les
conduisait dans une autre salle où on les habillait de costumes. On leur plaçait
des couronnes, des capes. Les valets pouvaient porter un vêtement qui soulignait
leur autorité ou demeurer tel quel. Lorsqu'ils sortaient de la salle, le roi et la
reine s'assoyaient sur des chaises décorées en trônes, les valets
assis ou debout à côté d'eux. |

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Les sujets (tout le monde qui assistait à la fête) applaudissaient
l'arrivée de la royauté. Ils traitaient le roi et la reine avec beaucoup de
respect car ceux-ci étaient les maîtres de la soirée.
Comme première tâche, le roi faisait un discours à ses sujets. Il leur promettait
de nouvelles lois, des taxes, expliquait comment il allait administrer son royaume.
Bien sûr, tout était dit en blague, et il soulignait dans sa déclaration de quelle
façon les voyous seraient punis |
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..Jeux et punitions. |
Le roi et la reine avaient le droit
de faire ce qu'ils voulaient des personnes présentes. C'était alors le moment
idéal pour faire jouer des jeux en groupes ou ordonner les plus talentueux de faire un
numéro de chant ou de danse, ou encore châtier des personnes qui avaient peut-être
commis une offense mineure durant l'année. Pour les plus timides, on tentait de les
débarrasser de leur gêne.
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La royauté donnait des punitions à certains gens pour faire rire les auditeurs.
Ces individus n'avaient pas le choix, car les valets étaient là pour assurer leur
participation. Sous les ordres du roi et de la reine, les individus reconnus
coupables subissaient leurs châtiments. Une personne accusée d'avoir commis une
offense depuis la dernière fête des Rois, comme pêcher hors saison, pouvait devoir se
mettre à quatre pattes et pousser une arachide avec son nez d'un bout à l'autre de la
pièce. Aux garçons gênés, on ordonnait d'embrasser une
fille dans la salle.. |

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Une punition qui était très populaire était celle où l'on «mesurait
le ruban». Un garçon et une fille se plaçaient debout face-à-face en se tenant
les mains. Pour mesurer le ruban, ils devaient s'étirer les bras jusqu'à ce qu'ils
aient la face collée, et c'est à ce moment qu'ils s'embrassaient. Bien sûr, ce
n'était pas tout le monde qui acceptait de participer. Les plus timides restaient
près de la porte et, dès qu'on les interpellait, ils se sauvaient avant que les valets
ne puissent les attraper. D'autres participants devaient chanter une chanson, conter
un conte ou danser une gigue.
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| La fête des Rois était ainsi une occasion idéale pour se divertir et
découvrir des talents cachés. On poursuivait la soirée avec des jeux tels que «cache ma bague, cache-la comme il faut», «la chaise
honteuse» et «l'Âne», suivis de musique, de chants, de
contes et d'un repas. La seule danse permise était la gigue, car jusque dans les
années 1950, on observait l'Épiphanie comme un dimanche, et des activités comme les
danses carrées n'étaient jamais permises le dimanche. |
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.La fête des Rois à Tignish. |
| À Tignish, dans la région Prince-Ouest de
l'Î.-P.-É., on changea les coutumes de la fête des Rois au début du vingtième
siècle. La tradition de la quête de la Chandeleur était
presque disparue et l'Association acadienne et mutuelle de bénéfice en maladie a
voulu la reprendre en guise de levée de fonds. On a décidé de fusionner les deux
fêtes en une et de célébrer la fête des Rois le jour de la
Chandeleur, le 2 février.. |

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Voici comment le fusionnement des deux fêtes se déroulait à
Tignish. On utilisait le gâteau ou la galette des Rois pour choisir un roi et une
reine. Lorsque le couple devait faire son apparition, c'est le chef de la Chandeleur
qui les précédait, portant un coq en bois au bout de sa canne. Il interprétait la
chanson de la Chandeleur à ce moment, ainsi que la chanson de remerciement à la fin de
la soirée.
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| Les autres activités de la soirée se
déroulaient comme la fête des Rois dans les autres régions, à une exception près:
puisque la Chandeleur n'avait pas souvent lieu le dimanche, on avait permission de
danser le quadrille et la danse carrée. Depuis 1981, le Club Ti-Pa, un organisme
culturel desservant les Acadiens de la région de Tignish et Palmer Road, a pris
l'organisation de la fête en main. |
..Conclusion. |
La fête des Rois marquait le
dernier jour de célébration du temps des fêtes de Noël. C'était aussi un moment
pour réunir les gens de la communauté. Jeunes et moins jeunes, gênés et moins
gênés, tous se rassemblaient pour passer une soirée en compagnie de leurs voisins et
pour rire un peu en attendant la prochaine fête, celle de la Chandeleur...
Sources : ARSENAULT, Georges. « Le
Gâteau des Rois : Twelfth Night celebrations in Acadian Prince
Edward Island ». The Island Magazine, Fall-Winter 1986,
no. 20, pgs. 23-28, ill.
Sources : ARSENAULT, Georges.« Le gâteau
des rois à l'Île-du-Prince-Édouard ». En r'montant la
tradition, sous la direction de Ronald Labelle et Lauraine
Léger. Moncton, Éditions d'Acadie, 1982, pgs. 39-56,
ill.
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