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Mardi Gras
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Introduction.

Le carême est une période de quarante-six jours avant Pâques pendant laquelle, autrefois, c'était courant pour les catholiques de jeûner et de faire des pénitences telles arrêter de manger des bonbons, cesser de fumer ou éviter de consommer des boissons alcoolisées.  Les quelques jours avant le carême, appelés les jours gras, et en particulier le Mardi Gras, fournissaient une occasion de fêter et de profiter des derniers jours avant ce jeûne.

Dans plusieurs régions acadiennes de l'Île-du-Prince-Édouard, on commençait à fêter quelques jours, voire même une semaine avant le mercredi des cendres, journée qui marquait le début du carême.  Dans le village de Saint-Édouard, il arrive même parfois que les résidents faisaient des «soirées dansantes des jours gras» jusqu'à trois semaines avant le carême.  Toutes les raisons étaient bonnes pour faire la fête.

.Mardi Gras d'antan.

Autrefois, il n'y avait pas beaucoup de préparation pour les jours gras.  Tout le monde dans le village se connaissait, et les soirées étaient annoncées soit à l'église, soit de bouche-à-oreille.  On n'avait pas à attendre la tombée de la nuit pour fêter.  Les jeux de cartes et les visites  le matin ou l'après-midi faisaient autant partie des festivités que la danse et la nourriture.
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Comme le nom l'indique, les jours gras étaient un temps où l'on se permettait de manger à peu près n'importe quoi.  On en profitait pour préparer et manger des mets acadiens typiques comme la râpure, le pâté, le blé d'Inde lessivé, le fricot au poulet, les galettes à la mélasse et, à certains endroits, des poutines râpées et des crêpes.  À l'école, les enfants apportaient du sucre pour faire de la tire, du «fudge» ou du sucre à la crème.  Cuisine du club Ti-Pa
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Aux jours gras, personne ne travaillait.  Les maîtres et maîtresses d'école prenaient le temps de fêter avec les autres membres du village, et les enfants célébraient avec le reste de la famille.  Puisque c'était un temps de l'année où l'on ne pouvait pas travailler dans le jardin, ni faire la pêche, tout le monde pouvait participer sans se sentir coupable d'avoir laissé de côté son ouvrage. Le curé n'encourageait pas toujours ces réjouissances car la consommation d'alcool était courante, et certaines formes de danse ne lui plaisaient pas.  Toutefois, il savait que tout rentrerait dans l'ordre dès que le carême débuterait.

Pour mieux fêter, on ne faisait plus attention à l'heure, ni aux besognes habituelles de la maison.  On veillait quelques fois très tard, et ce n'était pas rare de se reposer seulement quelques heures le matin pour ensuite retourner danser l'après-midi.  Certains ne prenaient même pas la peine de se coucher.  Ils faisaient les travaux quotidiens comme tirer les vaches et nourrir les animaux et retournaient danser aussitôt que ces tâches étaient terminées.

Pour les plus âgés et les plus timides qui ne voulaient pas danser, il y avait les jeux de cartes.  Ça commençait tôt le matin, se terminait tard le soir, et recommençait le lendemain matin.  Ceux qui le désiraient jouaient pour de l'argent, «une cenne la game».  Pour s'assurer de ne plus jouer pendant le carême, dans certaines maisons, au lieu de les cacher, on brûlait les cartes dans le poêle dès que minuit sonnait le mardi soir.

C'était un temps pendant lequel les gens se visitaient, mais pas seulement les gens du voisinage immédiat.  La parenté qui n'avait pas la chance de fréquenter les membres de la famille pendant l'année, à cause de la trop grande distance qui les séparait, en profitait pour faire de longs voyages, et restait à coucher chez ceux-ci pour pouvoir veiller plus tard, et ainsi jouir de la fête au maximum.
Le groupe Bows and Strings
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La célébration devait se terminer à minuit le Mardi gras, sans faute.  Danser ou boire le mercredi des cendres était un péché grave.  Si des gens osaient danser après minuit, il y avait peu de chance que les hôtes les réinvitent à fêter l'année suivante.  Parfois, pour tricher un peu, on reculait l'horloge pour avoir une heure de danse en surplus.  Les violoneux et les harmonicistes étaient les premiers à être invités aux maisons, et on favorisait, pour la soirée, les maisons où l'on pouvait retrouver un harmonium ou un orgue.  Les musiciens jouaient pour faire danser des gigues, des quadrilles, des danses carrées l'une après l'autre.  Presque toutes les danses étaient permises, si elles s'accordaient avec les goûts et les mœurs du maître du logis.
Lorsque approchait la fin des jours gras, on déplorait la fin des festivités.  À cette occasion, les gens fredonnaient souvent une de ces petites chansons :
Première version :
Mardi gras va-t-en pas
Nous ferons des crêpes
Et tu en auras
Mardi gras s'en va
Le Carême qui vient,
Nous ne danserons pas
Avant l'année qui vient.
Deuxième version :
Mardi gras
Si tu t'en vas
J'ferons des poutines
T'en auras pas.

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Les Mardi gras plus récents.

Les grandes fêtes de Mardi gras qu'on a connues plus récemment chez les Acadiens de l'Î.-P.-É. sont celles qui se déroulaient lors du Carnaval d'Hiver de Summerside.  Durant au moins quinze ans, le bal costumé du Mardi gras a été un élément important du carnaval.  Les gens se déguisaient, ils incarnaient des personnages, souvent avec les mêmes costumes qu'ils avaient portés à l'Halloween, et il y avait des concours pour le meilleur costume.  Puisque le Mardi gras représentait un renversement de l'ordre habituel, les hommes s'habillaient souvent en femme et les femmes en homme.0 ..... La sagouine de Tignish
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Char allégorique de Summerside
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..... On organisait dans la semaine précédant le Mardi gras des spectacles, des soupers, un défilé et des activités pour les enfants. On tenait habituellement ces événements pendant la fin de semaine afin d'attirer les plus grandes foules possibles.  Contrairement aux coutumes d'autrefois, les gens travaillent pendant la semaine et ils ne peuvent se permettre de fêter tous les jours comme à l'époque de leurs ancêtres.
Dans les autres régions acadiennes de l'Île-du-Prince-Édouard, on se permettait aussi de faire la fête.  On organisait des spectacles en divers endroits, comprenant des numéros de violon et de gigue, des chanteurs et des orchestres pour faire danser les auditeurs.  On préparait aussi des repas incluant des mets acadiens typiques: râpure, fricot, pâté, galettes blanches, etc.

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Le Mardi gras dans les autres régions francophones
de l'Amérique du Nord
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Au Québec, en Louisiane et dans d'autres parties de l'Acadie, le Mardi gras pouvait durer plusieurs jours.  Toutefois, dans ces localités, le Mardi gras n'était pas tout à fait fêté de la même façon qu'à l'Île-du-Prince-Édouard ; on y ajoutait une activité: les tournées.  Des gens se déguisaient et «passaient les maisons».  (À l'Î.-P.-É., on retrouve cette coutume plutôt lors de la Chandeleur et de la Mi-carême.)  Encore aujourd'hui, en Louisiane, les Cadiens font une quête lors du Mardi gras.  Les participants se costument en espérant que personne ne les reconnaîtra et vont de maison en maison, chanter, jouer des tours et quémander une poule, du riz ou autre nourriture pour faire un gumbo.

Au Québec et en Acadie, les tournées du Mardi gras sont maintenant de plus en plus rares.  Les gens vont surtout se déguiser et passer d'une maison à l'autre.  Ils changent leur voix et bougent de façon inhabituelle afin que les gens ne puissent pas les reconnaître.  C'est un défi qu'ils se donnent, et en entrant dans les maisons, ils jouent de la musique, font des folies et amènent un peu de gaieté aux résidents pour leur donner encore plus le goût de fêter le soir du Mardi gras.  Les personnes qui se sont costumées plus tôt dans la journée vont ensuite s'habiller de façon normale et retournent veiller à l'une de ces maisons.  Autrefois, à bien des endroits, il n'y avait que les garçons qui couraient le Mardi gras, et c'était pour eux une façon de voir où se trouvaient les plus belles filles du voisinage.

.Conclusion

Les jours gras, y inclus le Mardi gras, ne sont presque plus fêtés aujourd'hui.  Les quelques célébrations sont faites en famille, et dans certaines paroisses, on organise encore un souper ou une soirée de spectacles.  À Summerside, par exemple, le comité La Belle Alliance organise un dîner du Mardi gras à la Salle acadienne.  Ces activités sont toutefois moins fréquentes.  Puisque l'Église catholique n'impose plus de pénitences, les gens sentent moins le besoin de jeûner dans le temps du carême.  Les jours gras servaient autrefois à faire le plein avant le grand jeûne, pour soutenir le corps et l'esprit dans la période exigeante qu'était le carême.  Lorsque on fête le Mardi gras aujourd'hui, c'est plutôt un geste symbolique, pour commémorer une tradition de nos ancêtres acadiens.


Sources :
ARSENAULT, Carmella. « Acadian celebration of Mardi Gras ». The Island Magazine, Spring-Summer 1978, no. 4, pgs. 29-32, ill.

La Voix Acadienne, Summerside, éditions de 1976-1999.

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