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Dans certaines régions acadiennes de l'Île-du-Prince-Édouard, à
chaque année, on fête la Chandeleur le 2 février. Selon le calendrier
chrétien, c'est la date de la Purification de la Sainte Vierge, jour qu'on appelle les
Relevailles. En d'autres mots, il fallait attendre 40 jours après la naissance d'
un bébé pour qu'une femme ait le droit de retourner au temple. C'est donc à cette date
que la vierge Marie était de nouveau admise au temple. |
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Autrefois, c'était
également à cette occasion que les paroissiens amenaient des chandelles à
l'église pour les faire bénir par le prêtre. De là vient le nom de la fête: La
Chandeleur. On allumait ensuite ces cierges pendant les orages, les neuvaines
et les dernières heures d'un mourant. Plusieurs croyances ou dictons entouraient cette
fête; par exemple, manger des crêpes le jour de la Chandeleur, selon une croyance
populaire, empêchait les gens d'attraper la gale. On croyait aussi (et plusieurs y croient encore) que la marmotte ou l'ours pouvaient,
cette journée là, prédire le temps pour les six prochaines semaines.
Si, au 2 février,
on n'avait pas encore mangé la moitié de la nourriture réservée pour l'hiver, tout
irait bien , mais si on avait dépassé cette quantité, il faudrait se serrer la ceinture
et faire attention afin d'avoir assez de provisions pour le reste de l'hiver.
C'était donc le temps idéal de faire une quête pour les plus démunis de la région en
partageant les surplus de chacun. |
La quête de la Chandeleur autrefois. |
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L'objectif
de la quête était de ramasser de la nourriture pour les pauvres de la région. Sauf
lorsque la fête tombait un dimanche, où alors on célébrait le samedi ou le lundi, les
jeunes hommes passaient l'après-midi à visiter les maisons du village. Les jeunes étaient
bien décidés à rapporter quelques victuailles; pas grand chose pouvait les arrêter.…
Il y avait des journées qu'il faisait pas beau, on passait
pareil. … Je m'en souviens une année, c'était un moyen gros storm
pis les chemins étaient bouchés. On avait toutes chacun une pelle. Il y
avait des endroits les chevals s'embourbiont. On pelléyait, on pelléyait, on
passait! Fallait y aller, c'était toute. |
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(Georges Arsenault, Courir la Chandeleur,
Éditions d'Acadie, Moncton, 1982, entrevue avec
André Gallant, p.
31.)
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Ils partaient en traîneau,
maquillés et costumés. Le chef portait une canne ornée d'un coq qu'on avait fabriqué avec les matériaux
disponibles. Les coureux, comme on les appelait, allaient d'une maison à
l'autre, demandant si les gens voulaient «recevoir la Chandeleur». S'ils
répondaient oui, les hommes entraient, dansaient quelques pas de gigue et chantaient la
chanson de la Chandeleur. Le chef
gardait le rythme en tapant sur le plancher avec sa canne.. |
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Des fois ils chantiont des petites chansons pis ils faisiont quelques bêtises à la
maison. Ils jouiont de la mouth organ, d'autres qui dansiont pis…
Oh! ils aviont de la fun! C'était une après-midi de fun toujours pour la
jeunesse
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(Georges Arsenault, Courir la Chandeleur, Éditions
d'Acadie, Moncton, 1982, entrevue avec Augustin Gallant et
Augustin Arsenault, p.
54.)
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Les résidents avaient presque toujours préparé
la nourriture à donner à l'avance. Si les gens
donnaient à la Chandeleur, ils avaient droit à une chanson de remerciement. S'ils
refusaient de
contribuer à la Chandeleur, ils pouvaient se voir jeter un sort dans une chanson par les
coureux.
On dit même que quelques-uns de ces sorts se sont réalisés. |
Par exemple, s'il y avait une famille de pauvres, on se disait : «Bès, on ira pas là.»
Ou bien donc, il y avait des arrangements de faits avec l'homme de la maison : «On
va chez-vous seulement pour les enfants, et puis on veut pas rien de vous.»
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(Georges Arsenault, Courir la Chandeleur, Éditions d'Acadie, Moncton, 1982,
entrevue avec Stanley Arsenault, p. 56.)
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En sûrement, une année il y avait du
monde qui restions plus haut sur le chemin, là. Une année, ils aviont été là
courir la Chandeleur pis ils les avions fait danser à la maison, pis chanter... Après
qu'ils ont eu fini, ils avions rien voulu leur donner; ils les ont jetés dehors. Une
semaine après, leur maison a brûlé
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(Georges Arsenault, Courir la Chandeleur, Éditions
d'Acadie, Moncton, 1982, entrevue avec Stanley Arsenault, p. 57.)
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La quête se terminait en fin
d'après-midi, lorsqu'on apportait à chacune des familles choisies leur
part de la collecte. On amenait ensuite une partie de la nourriture à une maison,
où l'on organisait
un festin. Tout le monde du village était invité à y participer. Les femmes
se réunissaient pour
préparer le repas, composé surtout de râpure et de fricot, deux mets acadiens à base de patates
et de viande (dans la région de Rustico, on préparait surtout des crêpes). On
passait la soirée à
jouer des jeux, conter, chanter et danser. C'était une tradition de fêter la
Chandeleur dans
presque toutes les régions
acadiennes de l'Î.-P.-É. jusqu'autour de 1940.
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Quelques tentatives : 1945-1995 |
Depuis la deuxième guerre mondiale, et
jusqu'à 1995, la Chandeleur a pratiquement
disparu des régions acadiennes de l'Île. Il y eut toutefois quelques essais pour
conserver cette
tradition. Dans la région Prince-Ouest, on n'a pas arrêté tout à fait de la
fêter, mais on l'a jumelée
à la fête des Rois. On nommait un roi et une reine, de la même façon qu'on le
fait ailleurs le 6
janvier, mais la royauté était précédée par le chef, qui, lui, portait un coq sur une
canne.
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Dans la région Évangéline, pendant
cette période, il y avait parfois des gens qui s'habillaient le jour de la Chandeleur,
visitaient des personnes âgées dans leurs maisons et leur distribuaient des
bonbons. En 1983, lorsque Georges Arsenault fit le lancement de son livre, Courir
la Chandeleur, on a fait une soirée de spectacles, comprenant une quête menée parmi
les gens de l'assistance. L'année suivante, on a fait une soirée semblable afin de
ramasser de l'argent pour une famille qui venait de perdre sa maison.
La Chandeleur aujourd'hui
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En 1995, David Le Gallant de
Mont-Carmel a fait les premières démarches pour ranimer la tradition de la Chandeleur,
comme dans le vieux temps, dans la région Évangéline. Dans une province où la
plupart des emplois sont saisonniers, soit dans les domaines de la pêche, de
l'agriculture et du tourisme, plusieurs familles ne reçoivent durant l'hiver
que l'aide sociale ou l'assurance emploi. Les parents ont de moins en moins
d'argent pour acheter de la nourriture et des vêtements à leurs enfants.
La quête aujourd'hui se pratique presque de la même façon
qu'autrefois. Les participants ont le choix de se maquiller ou non. Le chef
porte encore une canne avec un coq pour mener le groupe. Il s'habille un peu plus
extravagant que les autres, et comme critère de sélection, on préfère avoir quelqu'un
qui a déjà couru la Chandeleur auparavant, afin de mieux diriger son équipe. Bien sûr,
il doit aussi avoir un bon sens de l'humour.
Les coureux et les provisions sont transportés en traîneau à cheval ou en
traîneau tiré par un camion ou un tracteur. Les chevaux sont habituellement
décorés de rubans et de grelots. Les coureux, en entrant dans les maisons,
vont chanter la même chanson
qu'autrefois, mais au lieu de leur donner du lard ou des patates, on leur donnera plutôt
des légumes en conserve, des boîtes de céréales, etc. Il y a des gens qui vont
même donner quelques sacs d'épiceries et des vêtements aux quêteurs.
Parmi les coureux, on retrouve des jeunes parents et leurs enfants, des personnes
à la retraite, des chefs d'entreprise et même des personnes qui recevront les produits
ramassés pendant la quête. Il y aura habituellement une ou deux personnes parmi
les quêteurs qui tiendront une chandelle à la main pour qu'on se rappelle de cette
pratique de bénir les chandelles, pratique religieuse qui existe encore aujourd'hui
dans certaines paroisses. |

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On ne passe plus aux maisons uniquement le
2 février. Afin d'avoir un plus grand nombre de participants, que ce soit les
quêteurs ou les personnes à la maison qui reçoivent les quêteurs, on passe la quête
la fin de semaine la plus rapprochée du 2 février et qui convient le mieux. On passe
même parfois pendant des périodes plus longues, jusqu'à deux semaines dans la paroisse
de Tignish. |
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| Les organisateurs vont
annoncer la quête de la Chandeleur plusieurs semaines à l'avance. À la maison,
les gens feront le ménage dans leurs armoires pour donner des aliments non-périssables
inutilisés. Il y en a d'autres qui feront une épicerie de plus dans la semaine. |
| Le Comité de la
Chandeleur Évangéline |
Quelques années après sa
réapparition, la quête de la Chandeleur a été prise en main par un organisme
communautaire. Le groupe a su développer la Chandeleur à tel point que maintenant
toute la communauté, y compris l'école, participe à la fête.
Le Comité de la Chandeleur, chapeauté par le Conseil scolaire-communautaire Évangéline
(CSCÉ) s'occupe de toutes les préparations de la quête et de la fête. Les
membres s'occupent de faire la publicité, recruter les coureux, les chefs, trouver
des chauffeurs et leurs traîneaux, embaucher les traiteurs pour préparer un repas à la
fin de la quête et faire les contacts avec les paroisses et les «comités de bien-être». |
| Le Comité prépare aussi des activités éducatives
pour les élèves de l'école, afin qu'ils puissent mieux connaître et transmettre la
tradition. Ils s'habillent, comme les grands, et vont passer de classe en classe
pour amasser des provisions que les parents des élèves ont envoyées à l'école.
Des gens qui ont vécu l'expérience de courir la Chandeleur auparavant sont invités à
venir partager le souvenir de leur expérience avec les élèves. |
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Région Évangéline |

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En 1995, on ne passe que quelques maisons, faute de
temps et de bénévoles, mais les années suivantes, le Comité de la Chandeleur
décide de passer dans toutes les maisons. Les membres du comité ont constaté que
les gens qu'on croyait dans le besoin avaient peut-être envie de contribuer à la
quête. On a voulu ainsi donner la chance à tous de faire leur part, selon leurs
moyens. |
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Maintenant, lorsqu'on arrive
chez les gens plus démunis qui ne peuvent rien donner, on laisse quelques provisions en
attendant qu'ils se rendent à la banque alimentaire après la quête. Chez les
personnes qui demeurent dans les foyers de personnes âgées, on chante des chansons et on
danse afin de les amuser, et ils échangent avec les quêteurs leurs
histoires de Chandeleur d'autrefois.
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Les hommes, les femmes et les enfants d'au moins 12 ans
peuvent courir la Chandeleur. La région Évangéline est divisée en trois
paroisses, qui, elles, sont divisées en onze villages. Si les coureux sont assez
nombreux, chaque équipe ira passer toutes les maisons de son village
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| La Chandeleur se termine
généralement par une soirée de spectacle. À cette soirée, on étale
toute la nourriture recueillie par les coureux. Celle-ci est ensuite amenée
à la banque alimentaire. Les personnes les plus démunies y auront accès à
l'année. Le groupe communautaire fourni toute la nourriture consommée lors de la
soirée et organise également le spectacle. |
.Région
de Tignish |
Depuis les années 1920, dans
la région Prince-Ouest, on organisait une fête qui était un mélange entre la fête des
Rois et la Chandeleur. Celle-ci se tenait le 2 février.
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| Un roi et une reine étaient couronnés, comme à la
fête des Rois, mais lors de la procession de la royauté, c'était le chef de la
Chandeleur qui les précédait, portant le coq au bout de sa canne. Le reste de la
soirée se passait comme à la fête des Rois, avec des jeux, des chants, des
contes, etc. Cependant, il n'y avait pas de quête. |
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| En 1999, David Le Gallant,
qui avait initié le retour de la quête dans la région Évangéline, a fait de même en
collaboration avec le Club Ti-Pa dans la paroisse de Tignish lors du bicentenaire de cette
communauté. La quête se déroule de la même façon que dans la région
Évangéline, avec des visites aux maisons, aux foyers de personnes âgées et des
cierges portés à la main. On y a également une banque alimentaire où toutes les
provisions recueillies sont amenées pour distribution aux familles nécessiteuses. Le dernier jour de la quête, on fait une soirée qui ressemble encore au
mélange de la fête des Rois et de la Chandeleur telle que fêtée pendant
trois quarts de siècle. Le grand chef de la Chandeleur, suivi des coureux,
est à la tête d'une procession qui se termine par l'entrée du roi et de la reine de la
soirée. On fait un souper, et pendant la soirée, on mélange contes, chansons,
musique et jeux. Par exemple, on invente un crime, on désigne un coupable et on
ordonne au prisonnier d'accomplir certaines tâches pour amuser les autres. La
première année de la quête, le prisonnier était David Le Gallant lui-même, qu'on a
obligé à embrasser cinq femmes dans l'assistance. Le roi et la reine commencent la
danse par la suite. |
Conclusion |
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Dans cette province et ces
régions bien connues pour leurs coopératives, la fête de la Chandeleur est typique
et représentative du sens du bénévolat et de l'attachement des gens à leurs
racines. Avec la Chandeleur, les résidents de ces régions vont perpétuer une
tradition acadienne, tout
en transmettant aussi des valeurs d'entraide à la génération
future.
Sources : ARSENAULT, Georges. Courir la Chandeleur. Moncton,
Éditions d'Acadie, 1982. 116 p., ill.
La Voix Acadienne, Summerside, éditions de
1976-1999.
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